Que l’on choisisse un secteur dans lequel on a fait ses armes ou au contraire oser un virage à 180 °, quel type d’entreprise reprendre ? Quels sont les avantages et les risques ? Comment réussir sa reprise ?
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Chaque année, le marché de la reprise joue aux chaises musicales. Aux cédants proches de la retraite succèdent des cinquantenaires à la recherche d’un souffle nouveau. D’après le baromêtre Bodacc 2010 (Bulletin Officiel des annonces civiles et commerciales), 44 147 commerces ou industries ont été repris en 2010 et dans 90% des cas, des structures de moins de 10 salariés.
Mais quand on souhaite reprendre une entreprise, faut-il rester dans son champ de compétences ou oser le grand écart ?
Certains secteurs sont plus faciles à appréhender et séduisent les entrepreneurs. Toujours selon l’étude Bodacc, les Services représentent la moitié des reprises, car « ils ne demandent pas de compétences trop techniques », comme le précise Gilles Lecointre, PDG d’Intercessio. Peu de risques donc de se retrouver face à l’inconnu. Un novice pourra rapidement prendre en main la société et manager les équipes en place.
Pour les secteurs plus techniques, la donne est différente. L’idéal est évidemment de connaître le secteur d’activité. La reprise se fera plus rapidement et il sera plus aisé de convaincre cédant et banques grâce à son expérience passée. « Avec un bon accompagnement, le repreneur sera opérationnel en deux-trois mois et pourra ensuite se concentrer sur l’évolution de l’entreprise », précise Jacques Raymond, vice-président du CRA.
Toutefois, certains repreneurs se lancent parfois à l’aventure. Pour Jacques Raymond, ces cas de figure représentent environ 40% des reprises. Par affinités, passions, ces entrepreneurs se tournent vers des domaines dans lesquels ils n’ont jamais fait leurs armes mais qui les attirent. Le tout sera alors de prouver qu’ils sont capables de mener à bien leur projet. « La formation au métier se fera dans un second temps, il faudra d’abord s’imposer », continue Gilles Lecointre. Avant de se lancer, le repreneur devra avoir un projet précis et mesurer les risques (financiers notamment). Selon une étude Fusacq, un repreneur qui ne connaît pas le secteur a une fois et demi plus de risques d’échec dans les secteurs de l’industrie, des transports, du commerce de gros, du BTP et des services aux entreprises. Pour réussir, le repreneur devra alors prendre son temps pour analyser la cible et ne pas hésiter à s’adresser à un professionnel du secteur pour l’aider à réaliser un bon diagnostic. Pouvoir compter sur le numéro 2 de l’entreprise, celui qui détient le savoir et la mémoire de l’entreprise, est également nécessaire pour une reprise réussie. Le cédant pourra enfin servir d’intermédiaire. « Il fera les présentations et assurera le premier apprentissage. Le repreneur devra malgré tout avoir à l’esprit qu’il ne peut y avoir deux patrons », décrit Jacques Raymond. Une fois en place, le repreneur pourra faire évoluer les domaines de compétences de l’entreprise pour les adapter à ces projets. « Celui qui reprend, c’est celui qui donne un nouvel essor à l’entreprise », ajoute t-il.
Et lorsqu’un repreneur ne souhaite pas prendre trop de risques, la reprise en franchise est la solution. Les équipes sont préparées et la formation est comprise dans le « package ». Dans tous les cas, la clé du succès est avant tout de reprendre une entreprise qui plaise. « Le repreneur sera le premier vendeur. C’est lui qui devra motiver les troupes et faire évoluer la société ! Les compétences comptent mais la motivation est un moteur », conclut Gilles Lecointre.
Témoignage : J’ai repris dans un domaine différent du mien
« Il a fallu convaincre cédant et banques »
Pari risqué ou véritable épanouissement, reprendre une entreprise dans un domaine différent du sien est une véritable une aventure. Le témoignage de Christophe Rançon, repreneur de l’Instrumentarium.
A 50 ans, et après avoir été pendant trente ans directeur administratif et financier dans de nombreuses entreprises, Christophe Maçon perd son emploi. Diplômé de l’Essec, il multiplie alors les entretiens pour retrouver un poste et s’intéresse en parallèle à la reprise d’entreprise. Inscrit au CRA, une association nationale pour la transmission d’entreprise, il tombe par hasard sur une offre. « Il s’agissait d’une entreprise de musique, spécialisée dans la vente de harpes et de piano : L’instrumentarium », sourit Christophe Maçon.
Entre doutes et excitation, il se laisse séduire, soutenu par son entourage. « Ma femme ne cessait de me répéter qu’il y avait des signaux. En effet, je suis un passionné de musique et les principaux sous-traitants de l’entreprise étaient polonais, comme elle ». Des points communs qui poussent Christophe Maçon à franchir le pas en juin 2005. L’instrumentarium, crée en 1981, se porte bien. « Les propriétaires voulaient la transmettre car ils étaient proches de la retraite et ils savaient que des investissements étaient nécessaires pour la faire grandir», explique t-il.
En moins d’un an, l’affaire est conclue. Son expérience passée et un apport personnel de 40 % convainquent facilement cédant et banques. Comme beaucoup de repreneurs, Christophe Maçon rencontrent malgré tout quelques difficultés. « Il a fallu convaincre le personnel, et notamment l’homme clé de la boîte qui possédait tout le savoir- faire technique et le relationnel. J’ai également du rassurer les fournisseurs et mettre en place une nouvelle politique de communication pour valoriser l’entreprise », détaille t-il.
Et le résultat est à la hauteur de ces espérances. Christophe Maçon a ouvert un 3 e magasin et l’entreprise s’est fait un nom. « Si c’était à refaire, je le referai. C’est une aventure passionnante, même si elle demande beaucoup d’implication personnelle ».